|
Le tribunal de la
violence familiale à Winnipeg
par E. Jane Ursel*
Vol.14, N°12
Faits saillants
- Depuis 1990, les causes
relatives aux mauvais traitements à l'égard des partenaires (comprend les
époux(ses), les conjoint(e)s de fait et les amoureux(ses), des enfants et
des personnes âgées à Winnipeg (Manitoba) sont entendues par un tribunal
qui se spécialise dans les cas de violence familiale.
- Le tribunal avait les
objectifs suivants : 1) traiter les causes de façon expéditive; 2) assurer
des poursuites rigoureuses; 3) infliger des peines plus adéquates que
celles prononcées par les tribunaux de juridiction générale.
- Le tribunal a atteint son
objectif quant au délai moyen de trois mois pour le traitement des causes
et à l'infliction de peines plus équitables dans les causes relatives à
la violence familiale. Il est parvenu dans une centaine mesure à réduire
l'attrition des causes avant le prononcé de la sentence.
* Département de
sociologie, Université du Manitoba
Mai 1994
ISSN 0715-271X
Publication autorisée par le
ministre responsable de Statistique Canada. © Ministre de l'industrie, des
Sciences et de la Technologie, 1994. Tous droits réservés. Il est interdit de
reproduire ou de transmettre le contenu de la présente publication, sous
quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, enregistrement sur support magnétique,
reproduction électronique, mécanique, photographique, ou autre, ou de
l'emmagasiner dans un système de recouvrement, sans l'autorisation écrite préalable
des Services de concession des droits de licence, Division du marketing,
Statistique Canada, Ottawa, Ontario, Canada K1A 0T6.
Avant la création du tribunal spécial", les peines
infligées le plus souvent dans les cas de violence familiale étaient la libération
conditionnelle du prévenu, les sentences avec sursis et la probation. Les
peines Infligées le plus souvent durant les dom premières années d'existence
du Tribunal de la violence familiale sont la probation, les sentences avec
sursis et l'incarcération.
De l'ensemble des causes dans lesquelles le Tribunal de la
violence familiale a rendu une sentence, 53% comportaient comme condition une
ordonnance de traitement (groupes de traitement pour personnes maltraitantes et
traitement contre l'alcoolisme).
Introduction
Le Tribunal de la violence
familiale (TVF) à Winnipeg a été constitué en septembre 1990. Ce tribunal
est le premier du genre au pays et s'occupe des comparutions, des renvois, des
plaidoyers de culpabilité et des procès en matière de mauvais traitements
envers les partenaires, les enfants et les personnes âgées. La création de ce
tribunal représente une innovation dans l'administration de la justice et
constitue la réponse du système de justice pénale au problème de la violence
familiale. Les objectifs du tribunal énoncés par le ministère de la Justice
du Manitoba étaient les suivants : 1) traiter les causes rapidement en visant
un délai judiciaire moyen de trois mois, de la première comparution jusqu'au
prononcé de la décision; 2) augmenter la quantité d'information sur les
victimes et les témoins et favoriser la collaboration entre ceux-ci, et réduire
l'attrition des causes, particulièrement au niveau des poursuites (par la réduction
du nombre de suspensions d'instance); 3) s'assurer que les peines sont plus
uniformes et adéquates afin de mieux protéger la victime, ordonner le
traitement des contrevenants s'il y a lieu et intensifier la surveillance des
contrevenants (par les services de probation), un train de mesures qui
renforcent la politique de «tolérance zéro» à l'égard de la violence
familiale et de la violence faite aux femmes au Manitoba. Le présent «Juristat»
porte sur le fonctionnement du Tribunal de la violence familiale à Winnipeg,
examiné en fonction des trois objectifs énoncés plus haut.
Le Tribunal de la violence
familiale a été créé par suite de l'augmentation des taux d'accusation dans
les cas de violence familiale (Figure 1). Par sa création, on voulait s'assurer
que les poursuites dans les causes relatives à la violence familiale soient
aussi rigoureuses que celles pour les autres causes concernant la violence
interpersonnelle. On reconnaissait également que les actes de violence entre
les membres d'une même famille étaient différents des autres crimes de
violence. La victime est souvent intimement liée à son agresseur et dépend de
celui-ci, ce qui fait d'elle un témoin particulièrement vulnérable et
ambivalent. Le tribunal spécialisé repose sur le principe selon lequel une
intervention juste doit tenir compte de ces facteurs.
1
Les travaux de recherche sur le Tribunal de la
violence familiale à Winnipeg
ont été possibles grâce
au financement reçu de Justice
Canada, de la
Fondation manitobaine du droit du Conseil
de
recherches en sciences humaines, de
l'Université
de Manitoba et du ministère du Solliciteur général
du Canada.
La création d'un tribunal spécialisé
a permis d'élaborer des objectifs, des protocoles et des procédures spécifiques
qui pourraient être mis en oeuvre avec une uniformité irréalisable dans les
tribunaux de juridiction criminelle générale. L'uniformité tient à la spécialisation.
Par la recrutement de procureurs et de juges ayant reçu une formation spéciale,
on a pu atténuer considérablement les problèmes découlant des préjugés ou
du manque de sensibilisation de la part du personnel judiciaire. Au cours des
deux premières années de fonctionnement du TVF, six procureurs de la Couronne
travaillaient à plein temps et vingt juges siégeaient par rotation. Pour que
les causes soient entendues dans de brefs délais, des salles d'audience ont été
réservées aux causes relatives à la violence familiale. Au début, le temps
consacré aux audiences était de 28 heures par semaine. Toutefois, à la fin de
la première année, ce chiffre a doublé, passant à 52 heures par semaine,
puis a doublé encore pour s'établir à 105 heures par semaine à la fin de la
deuxième année.
En outre, le TVF compte deux programmes
de soutien aux victimes, le Programme de défense des femmes et le Programme
d'aide aux enfants maltraités témoins, dont le but est de soutenir et de défendre
les femmes et les enfants qui ont subi des actes de violence de la part de leurs
partenaires et de leurs parents, tuteurs ou gardiens.
Méthodologie
Le présent rapport est fondé sur 4,080 cas de violence
familiale traités par le Tribunal de la violence familiale à Winnipeg au cours
de ses deux premières années d'existence. Les données ont été recueillies
de deux façons. Premièrement, un fichier de gestion des données enregistre
toutes les nouvelles causes qui sont introduites durant une période de douze
mois, ce qui permet d'obtenir des chiffres fiables sur le nombre de causes portées
devant le TVF au cours d'une année. Les données concernant les causes mises au
rôle fournissent des renseignements sur les accusés. Deuxièmement,
l'information sur les causes terminées est tirée des dossiers des procureurs
de la Couronne. Les causes sont classées selon la date de la première
comparution. Les comparutions ultérieures d'un même accusé durant la même
année sont considérées comme une seule cause. On fait le suivi des causes
pendant six mois (pour une période maximale d'étude de 18 mois), ce qui permet
de saisir environ 90 % de toutes les causes traitées par le tribunal.
Cependant, cet ensemble de données peut comporter une sous-estimation allant
jusqu'à 20 % du nombre de cas de mauvais traitements à l'égard d'enfants, car
le délai de traitement des causes passant au tribunal excède souvent 18 mois.
Ce tribunal classe parmi les causes de violence familiale
toutes celles où la victime a un lien de confiance, de dépendance ou de parenté
avec l'accusé. Les causes appartenant à la catégorie «mauvais traitements à
l'égard du partenaire» sont celles où la victime est âgée entre 18 et 59
ans et a subi, à l'âge adulte, des actes de violence commis par le partenaire
dans une relation actuelle ou antérieure. Cette catégorie ne se limite pas aux
relations hétérosexuelles, bien que la grande majorité des cas impliquent des
couples hétérosexuels.
Les causes appartenant à la catégorie «mauvais
traitements à l'égard des personnes âgées» sont celles où la victime est
âgée de 60 ans ou plus et a subi des actes de violence commis par le
partenaire, un enfant, un gardien ou une tierce personne.
Les causes appartenant à la catégorie «mauvais
traitements à l'égard d'enfants» sont celles où la victime était âgée de
moins de 18 ans au moment de l'agression. Cette catégorie comprend les causes où
des témoins d'âge adulte déposent une plainte concernant des mauvais
traitements subis dans le passé, ainsi que les causes comportant plusieurs
victimes, dont au moins une est un enfant. Par exemple, une cause relative à la
violence faite à une femme et à son enfant serait classée dans la catégorie
des mauvais traitements à l'égard d'enfants. Puisque les enfants sont considérés
être dans une situation de confiance et de dépendance à l'égard de tous les
adultes, les causes relatives à des enfants victimes de violence de la part
d'inconnus sont traitées par le Tribunal de la violence familiale.
Comme l'indique le tableau 1, la grande
majorité des causes entendues par le tribunal spécialisé ont trait aux
mauvais traitements à l'égard de partenaires. Ce tableau montre également que
l'augmentation de 48 % du volume de causes entre la première et la deuxième
année est en grande partie fonction de l'accroissement du nombre d'accusations
en matière de mauvais traitements à l'égard de partenaires
Caractéristiques des
causes
L'agression sexuelle est l'accusation
portée le plus souvent dans les causes de mauvais traitements à l'égard
d'enfants, tandis que les voies de fait simples sont l'accusation portée le
plus souvent dans celles des mauvais traitements envers les partenaires et les
personnes âgées (Tableau 2). À bien des égards, les causes concernant les
enfants maltraités ressemblent à celles concernant les personnes âgées
maltraitées. Premièrement, les personnes âgées et les enfants victimes de
mauvais traitements sont particulièrement vulnérables en raison de leur âge
et de leur dépendance envers d'autres personnes. Deuxièmement, bien que
seulement 10 % des victimes de mauvais traitements envers le partenaire soient
des hommes, 19 % des victimes de mauvais traitements chez les personnes âgées
et 26 % des victimes de mauvais traitements chez les enfants sont de sexe
masculin. Les causes de mauvais traitements envers les enfants et les personnes
âgées forment un pourcentage élevé (34 % et 26 % respectivement) des causes
comptant plusieurs victimes, comparativement aux causes relatives aux mauvais
traitements à l'égard de partenaires (5 %). Quant aux causes concernant les
mauvais traitements envers les enfants, la moitié des affaires comptant
plusieurs victimes impliquent un enfant comme victime indirecte d'une agression
contre la mère. Il s'agit normalement de voies de fait. Le reste des causes qui
comptent plusieurs enfants comme victimes concernant généralement des
infractions d'ordre sexuel commises par un adulte, habituellement un homme (93
%).
Pour ce qui est des mauvais traitements
envers les personnes âgées, le type le plus répandu de cas comportant
plusieurs victimes est celui où la personne âgée est la victime indirecte
d'une agression contre sa fille d'âge adulte ou un(e) ami(e) («tierce personne»).
En général, la victime immédiate cherche refuge dans la maison de la personne
âgée qui subit, elle aussi, des voies de fait lors de l'agression contre la
victime immédiate.
Ce qui caractérise les mauvais traitements envers les
personnes âgées, c'est la proportion plus élevée d'accusés de sexe féminin
(23 %)2 comparativement aux mauvais traitements envers les enfants (9
%) et les partenaires (7 %). Bien que le sexe des victimes et des accusés varie
selon le type mauvais traitements, il est important de réitérer que la grande
majorité des victimes sont des femmes et que la grande majorité des accusés
sont des hommes. Ainsi, l'âge peut influer sur le degré de vulnérabilité,
mais le sexe demeure la variable correlée la plus importante avec le fait d'être
victime.
Une dernière remarque sur les caractéristiques des
causes concerne le taux d'accusés ayant un casier judiciaire. Dans l'ensemble,
le taux est élevé : pour tous les types de mauvais traitements, au moins deux
tiers des accusés avaient un casier judiciaire. Dans les causes de mauvais
traitements envers le partenaire, 74 % des accusés avaient un casier
judiciaire; 58 % d'entre eux avaient déjà agressé une autre personne et 34 %
avaient déjà agressé leurs partenaires.
On indique le lien entre la victime et l'accusé pour les
causes de mauvais traitements envers les partenaires dans le tableau 3, et pour
les causes de mauvais traitements envers les enfants, dans le tableau 4. La
majorité des cas de mauvais traitements envers les partenaires concernaient des
couples dans leur relation actuelle : 67 % des suspects étaient l'époux(se),
le (la)conjoint(e) de fait, ou l'amoureux(se) de la victime. Dans 29 % des
causes, il s'agissait de relations antérieures, les suspects étant l'ex-époux(se),
l'ex-conjoint(e) de fait ou l'ex-amoureux(se) de la victime. Parmi les causes de
mauvais traitements envers le partenaire, 5 % des victimes étaient enceintes au
moment de l'agression.
2 Le très petit nombre de causes
de mauvais traitements envers les
personnes âgées comparativement au nombre de
causes de
mauvais traitements à l'égard de partenaires
et d'enfants dénote
qu'il faut interpréter cette différence avec
prudence.
De même, les cas de mauvais traitements
à l'égard d'enfants surviennent le plus souvent dans un contexte familial, où
des parents, grands-parents ou oncles sont les auteurs de 66 % des agressions.
Quant aux mauvais traitements envers les personnes âgées, le mari est le plus
souvent le suspect lorsque la victime est une femme, tandis qu'un enfant d'âge
adulte ou une berce personne sont le plus souvent accusés dans les cas de
mauvais traitements infligés à des personnes âgées de sexe masculin.
Durant la deuxième année de fonctionnement du TVF, on a
enregistré le nombre d'enfants vivant dans des foyers violents. Bien que les
enfants n'aient pas eux-mêmes subi de sévices, le fait d'avoir été
constamment exposés à la violence au foyer était considéré comme une forme
de victimisation. Durant la deuxième année, 331 enfants ont subi des mauvais
traitements, et 983 personnes ont été victimes de mauvais traitements dont ont
été témoins 1 882 enfants.
Ces chiffres mettent en relief les
effets destructeurs de la violence familiale sur la vie de 2 897 agresseurs et
d'un total de 4 549 victimes (2 6673 victimes immédiates, 1 882
victimes indirectes), ce qui représente un total d'au moins 6 946 résidents de
Winnipeg utilisant les services du Tribunal de la violence familiale en une année.
Traitement
des causes
Comme il a été mentionné plus haut, la création du TVF
visait trois objectifs : premièrement, traiter les causes de façon expéditive;
deuxièmement, assurer des poursuites rigoureuses et, troisièmement, infliger
des peines plus adéquates. En ce qui a trait au premier objectif, le succès se
mesure par la capacité du tribunal de respecter le délai moyen de trois mois
pour le traitement des causes, à partir de la première comparution jusqu'au
prononcé de la décision. Le délai moyen était de 2,8 mois la première année
et de 3,5 mois la deuxième. Par contre, le délai varie sensiblement selon le
type de cause. Les causes de mauvais traitements à l'égard de partenaires ont
été traitées le plus rapidement, tandis que celles concernant les mauvais
traitements envers les enfants prennent en moyenne beaucoup plus de temps. L'élargissement
de l'horaire des séances en matière de violence familiale a permis un
traitement expéditif des causes, malgré l'augmentation importante de leur
volume durant les deux premières années.
Le succès du deuxième objectif, c'est-à-dire assurer des
poursuites rigoureuses, se mesure par la proportion croissante de causes qui ont
abouti à une sentence ou par la réduction du taux de suspension d'instance
Pour ce faire, il faut disposer de renseignements comparatifs sur le traitement
des causes avant la spécialisation et examiner les différentes tendances du
traitement des causes, selon le type de violence. Puisque cette mesure est plus
complexe, trois perspectives du traitement seront présentées : premièrement,
le traitement global de toutes les causes jugées au cours des deux années;
deuxièmement, une ventilation des tendances du traitement des causes, selon le
type de cause; et, troisièmement, une comparaison du traitement avant la spécialisation
et durant les deux premières années d'existence du tribunal.
3 Les 2 382 causes impliquaient en
outre 286 victimes et 16 suspects.
4 D'autres mesures qualitatives de la rigueur des poursuites
sont examinées dans des rapports plus étoffés. Voir
Ursel
(1992) Final Report on the Fîrst Year of the Family
Violence
Court, présenté à Justice Canada.
Comme
l'indique la figure 2, les causes entendues par le TVF se sont soldées le plus
souvent par un plaidoyer de, culpabilité (54 % des causes) et par une
suspension d'instance5 (27 % des causes). De l'ensemble des causes,
20 % sont passées à l'étape du procès ou de l'audience préliminaire et un
total de 60 % ont abouti à une sentence.
Les causes relatives aux mauvais traitements envers les
enfants et les personnes âgées diffèrent quelque peu de celles concernant les
mauvais traitements envers les partenaires pour ce qui est de l'issue. Le
tableau 5 indique que le taux d'attrition des causes de mauvais
traitements envers les partenaires était supérieur à celui des causes
oncernant les enfants ou les personnes âgées. Cela veut dire qu'un pourcentage
plus élevé de causes ont été l'objet d'une suspension ou d'un rejet et ont
été éliminées du processus judiciaire avant le prononcé de la sentence. Le
taux de suspension d'instance pour les mauvais traitements à l'égard de
partenaires s'établit à 28 %, comparativement à 23 % pour les personnes âgées
et à 22 % pour les enfants. Le nombre de causes rejetées pour défaut de procédure
utile6 s'est élevé à 39 % pour les mauvais traitements infligés
aux partenaires, comparativement à 38 % pour ceux infligés aux personnes âgées
et à 17 % pour ceux infligés aux enfants. Globalement, on note que le
pourcentage de causes qui ont about à une sentence est plus élevé pour les
cas de mauvais traitements envers les enfants et les personnes âgées que pour
les cas de mauvais traitements envers les partenaires.
5 La suspension d'instance est une décision rendue par le
ministère
public, selon laquelle les preuves sont insuffisantes pour
intenter
des poursuites. Dans les causes relatives aux mauvais
traitements
à l'égard des partenaires, l'instance est souvent suspendue
parce
que la victime ou le témoin refuse de témoigner.
6 Le rejet de l'instance pour défaut de procédure utile
est une
décision judiciaire, selon laquelle la cause doit être
rejetée en
l'absence de preuves suffisantes pour inteMr des
poursuites. Dans
les causes relaüm aux mauvais traitements à l'égard des
partenaires, l'instance est souvent rejetée parce que
la victime
ou le témoin n'a pas comparu devant le tribunal ou s'est
rétracté
à la barre.
Cheminement des causes dans le Tribunal de la
violence familiale à Winnipeg, 1990-1991 à 1991-1992
Une dernière façon de mesurer la
rigueur des poursuites est l'attrition des causes dans le temps. Le tableau 6
montre l'attrition des causes avant et après la création du Tribunal de la
violence familiale à Winnipeg (Ursel, 1992).7 Si l'on se base sur
des taux plus bas de causes suspendues et des taux plus élevés de causes ayant
about à une sentence pour mesurer la rigueur des poursuites, on constate, dans
le tableau 6, que le succès connu par le TVF a été modeste. Un plus grand
succès a été obtenu la première année d'existence du TVF, tandis que les
données de la deuxième année montrent une augmentation du taux de causes
suspendues et, par conséquent, une diminution du taux de causes ayant abouti à
une sentence.
La variation du taux de suspension d'instance durant la
deuxième année d'existence du TVF est observée uniquement pour les causes de
mauvais traitements envers les partenaires; le taux de suspension n'a pas
augmenté pour les causes de mauvais traitements envers les enfants et les
personnes âgées. La différence peut être attribuable à un changement
important des pratiques de mise en accusation par la police en matière de
mauvais traitements envers les partenaires. Les procureurs de la Couronne du TVF
indiquent qu'en raison de la politique de plus en plus rigoureuse de mise en
accusation appliquée par la police, ils doivent composer avec un nombre accru
de causes, dans lesquelles les preuves sont faibles ou ambiguës ou dans
lesquelles la victime (témoin) peut être réticente à témoigner (Ursel,
1993). Il est difficile d'interpréter les taux de suspension en regard du
changement des pratiques de mise en accusation. Durant la troisième année
d'existence du TVF (les données ne sont pas présentées ici), le service de
police de Winnipeg a mis en oeuvre un nouveau protocole pour répondre aux cas
de violence familiale, lequel élimine pratiquement toute liberté de décision
de la police. Cela peut également influer sur les mesures quantitatives limitées
de la rigueur des poursuites.
7 Cet ensemble de données comporte un échantillon de 53 % de
toutes les causes de mauvais traitements envers les partenaires traitées
par les tribunaux de Winnipeg, de 1983 à 1986, dont des échantillons de
59 % des causes en 1983, de 61 % en 1984, de 61 % en 1985 et
de 35 % en 1986. Bien qu'il ne s'agisse pas d'un échanson aléatoire,
il est relativement grand (1 625 causes sur un total de 3 085), ce
qui augmente la probabilité que ces causes soient raisonnablement représentatives
de celles ayant été entendues au cours des quatre années en
matière
de mauvais traitements envers les partenaires.
Malgré ces limites, si l'on
compare la proportion des causes ayant abouti à une sentence avant la spécialisation
(53 %) au taux global correspondant pour les deux années d'existence du TVF (60
%), il semble que le TVF a eu une incidence sur le traitement des cas de
violence familiale.
Détermination des peines
En ce qui concerne le traitement des causes relatives à
la violence familiale, le changement le plus important est survenu au niveau des
peines. Durant les deux premières années d'existence du TVF, on a observé un
changement marqué des pratiques de détermination des peines relié à la spécialisation.
Avant la spécialisation, les peines infligées le plus souvent étaient la libération
conditionnelle du prévenu, les sentences avec sursis et la probation. L'incarcération
était rarement l'issue des causes relatives à la violence familiale : une
peine d'incarcération a été infligée dans environ 6 % de toutes les causes
durant une moyenne de quatre ans ou dans 11 % des causes qui ont abouti à une
sentence (Ursel, 1992).
Contrairement aux tribunaux de juridiction générale, la
décision ayant été rendue le plus souvent durant les deux années d'existence
du Tribunal dé la violence familiale est la probation, suivie des sentences
avec sursis et des peines d'incarcération. Le tableau 7 illustre les tendances
des peines infligées avant et après la spécialisation.
Lorsqu'il s'agit d'évaluer l'effet des peines infligées,
les conditions se rattachant à celles-ci sont souvent aussi importantes que les
peines elles-mêmes. Quatre-vingt-dix pour cent des ordonnances de probation
comportaient la surveillance et 58 % étaient d'une durée d'au moins deux ans.
Une longue période de probation sous surveillance assure un mécanisme de suivi
continu des agresseurs. Outre la surveillance, le TVF rend régulièrement des
ordonnances de traitement à l'endroit des contrevenants. Les ordonnances de
traitement étaient une condition de 53 % de toutes les peines infligées par le
TVF : participation jusqu'à la fin à un groupe de traitement pour personnes
maltraitantes était une condition dans la moitié des causes comportant une
ordonnance et le traitement contre l'alcoolisme a été imposé dans 39 % des
cas. L'effet cumulatif de ces conditions est que le TVF offre un programme de
surveillance et de traitement des contrevenants beaucoup plus intensif qu'avant
la spécialisation.
Si l'on compare les tendances des peines selon le type de
mauvais traitement, on remarque que la sévérité des peines varie peu dans le
temps en ce qui concerne les mauvais traitements envers les personnes âgées et
ceux envers les partenaires. Cependant, on constate une tendance marquée à
l'infliction de peines plus sévères dans les cas mauvais traitements à l'égard
d'enfants. De plus, la sévérité des peines est liée au type de mauvais
traitements infligés à l'enfant, des peines plus sévères étant prononcées
dans les cas d'agression sexuelle. Si l'on tient compte uniquement des causes
qui ont abouti à une sentence, la décision rendue le plus souvent dans les cas
de mauvais traitements envers les enfants, de même qu'envers les adultes, est
la probation. Toutefois, 26 % des cas d'agression physique envers les enfants et
49 % des cas d'agression sexuelle d'enfants ont donné lieu à l'incarcération;
seulement 6 % de tous les cas de mauvais traitements envers les enfants ont
entraîné une libération conditionnelle du prévenu.
Conclusion
Le Tribunal de la violence familiale à
Winnipeg est une expérience très innovatrice dans le domaine de la justice.
Les premiers résultats montrent que les objectifs visant à traiter les causes
de façon expéditive et à assurer l'uniformité et la pertinence des peines en
matière de violence familiale ont été atteints durant les deux premières années
de fonctionnement du tribunal. L'objectif concernant la rigueur des poursuites a
connu un succès moins remarquable, les plus grands bénéfices ayant été
observés la première année. Toutefois, il faut interpréter ces données à
la lumière des pratiques et des politiques du service de police locale, qui a
adopté une politique de mise en accusation de plus en plus rigoureuse. Pour que
le tribunal continue à être viable et à atteindre ses objectifs, il faudra
une coordination continue entre tous les échelons du système de justice pénale.
Les données recueillies au cours des prochaines années fourniront des mesures
à plus long terme du succès de ce tribunal.
Pour plus
de renseignements, veuillez communiquer avec le Centre canadien de la
statistique juridique, 19eétage, immeuble R.H. Coats, Ottawa
(Ontario), K1A 0T6 (613-951-9023)ou le numéro sans frais 1-800-387-2231. Pour
commander, communiquez avec la Division du Marketing, Vente des
publications, Statistique Canada au 1-800-267-6677. De l'extérieur du
Canada et des États-Unis, composez le (613) 951-7277.
|